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Lost in The Echo

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Take a chance on me - Part II

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MessageSujet: Take a chance on me - Part II Dim 25 Juin - 20:19

***
Suite de ce topic

    Après avoir tiré sa moue face aux propos de Brandan. La table fut débarrassé, et chacun d'eux alla se changer pour une sortie dans la capitale. Direction London Eye, ou le cœur même de la ville. Inutile de souligner d'un trait noir et gras, les nombreux checkpoints qu'ils ont du passer. A chaque fois, l'identité de chacun devait être présentée, carte à l'appuie. Esteban avait du expliquer le pourquoi du comment Brandan était son colocataire, à chaque fois. Car un employé de la City et un ancien cinéaste grande gueule, ça faisait tache dans le paysage. Esteban se tournait vers le jeune homme à chaque passage, lui offrant un sourire reconnaissant. Car son colocataire n'avait dit mot, laissant l'analyste financier gérait les choses. Brandan avait beau être exaspérant, il demeurait important pour Esteban. Et il ne sait si certaines de ses paroles sont sincères ou calculées. L'essentiel est qu'elles faisaient leur effet sur le jeune homme. Qui se montrait généreux en de biens nombreuses occasions.

    On pourrait dire que les beaux gestes, ou plutôt l’une des plus belles pratique dont se veut capable l’être humain, se qualifie par la dénomination du "Don de Soi". C’est un fait dont nous sommes tous capable et que nous réalisons à différents stades de notre existence. Bien souvent, on en use par le biais d’un présent, d’une oreille attentive ou simplement d’un mot gentil. Néanmoins, le don proprement dit ne se limite pas à cette simple manifestation. Le don de soi se définit précisément par cette forme : l’abandon de notre identité, de nos considérations et de nos soucis personnels afin de se montrer présent pour son entourage, ou autres étrangers, et réussir, en toute circonstance, à leur apporter une aide et un soutien capable de solutionner leurs problèmes les plus délicats. Bien évidemment, cette définition est à prendre dans le sens le plus absolu qu’il soit donné d’être. Mais, néanmoins, elle met bien en exergue le travail ainsi que l’importance que le véritable don de sa personne envers les autres nécessite. Il ne s’agit pas simplement de dire un mot gentil et puis de s’en aller comme si de rien n’était. Certes, parfois il ne suffit de pas plus pour redonner un peu de gaieté au cœur de quelqu’un, mais l’exercice est ardu et rempli de complication plus ardues les unes que les autres. Lorsque l’on veut faire de sa vie un éternel don de soi, on se doit de respecter certains éléments et certaines règles on ne peut plus fondamentales. Des freins, des barrières, qui nécessitent un profond travail que beaucoup n’ont pas la force, le courage ou l’envie d’accomplir.

    Esteban l'avait ce don de soi, et il en avait également la maîtrise. Fort heureusement, dirons-nous. Autrement, un pétage de plomb ou bien un solide renfermement sur soi-même ne serait pas bien loin. « On y est! » S'exclamait-il, soulagé d'avoir réussi à arriver à bon port sans soucis. Il se tourne brièvement vers Brandan alors qu'ils avançaient vers la grande roue. Par chance, il n'y avait pas à attendre longtemps pour l'achat des tickets. « Alors, ce scénario, tu me le racontes ou je dois patienter, te torturer, et te faire cracher le morceau une fois dans la cabine ? » Mi-sérieux, mi-plaisantin. Esteban avait ce sentiment étrange, que durant quelques secondes en cet endroit, on pourrait oublier que le pays et le monde tout entier ne cessait de saigner. Étrange cette illusion offerte par ce type de lieu, ou tout semble si simple, si ordinaire. Enfin, leur tour arriva, et c’est accompagné d’un jeune couple qu’ils débarquèrent dans la cabine. Celle-ci assez spacieuse pour donner du champ à chacun des quatre occupants, dont lui et Brandan.

    Pourtant, c’est la chute qui l’attendait en cet intérieur. Qui dit London Eye, dit Tamise. Ce fleuve qui fit remonter en lui des souvenirs qui lui broyaient le cœur. Ce qui s’est passé avec Abel continuait à le marquer. Ces os qui se compressent, ces poumons qui l'oppressent. Portes-tu, toi aussi, un masque maintenant ? Désires-tu revêtir l'apparence de celui qui déposerait ta déchéance ? Mon pauvre chien, tu n'y connais rien. Ce n'est pas en se maquillant tel un combattant qu'on engloutissait tout dans un dernier râle oublié. Ses yeux, ne veulent plus de Londres. Ils se rabattent sur ses pieds. Constatation glacée d'une vérité. Inéluctable, incommensurable. La douleur qui transparaissait au travers de ses lèvres l'acheva. « Dis-moi…Dis-moi ce qu’elle avait de si spéciale ta scène … » Lançait-il à l’encontre de Brandan, qu’il avait oublié quelques secondes. Le ton était presque implorant. Qu’on lui offre une douce illusion, qu’on lui raconte une histoire. Esteban avait la gorge secouée par un tremblement à risque. Une boule illégale qui s'était logée dans ses amygdales. Tu te vois comme tu es. Fragile. Comme le verre en hiver. Et tu te trouves stupide. Et tu te trouves ignare. Comme si tout ce que tu avais appris ne te servait à rien.


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MessageSujet: Re: Take a chance on me - Part II Mar 4 Juil - 3:47

Brandan avait déjà été un solitaire. Amusant, non ? Cela faisait à vrai dire beaucoup plus de sens que l’on pouvait le penser, aux premiers abords. Enfant, il ne cherchait pas vraiment l’attention des autres. Quelques amis pouvant se compter sur les doigts d’une main lui avaient amplement suffi à se sentir heureux et bien entouré. À tout le moins, autant qu’il pouvait l’être en vivant auprès d’une famille fort occupée, si peu souvent présente à la maison. Tout cela pour dire qu’il avait appris à rêver. Rêver pour faire taire le malaise qui s’immisçait trop souvent, pour mieux patienter jusqu’au lendemain sans passer une nuit d’insomnie ou d’inquiétude. Le Brandan adulte ne démontrait plus très souvent cette facette pourtant importante de sa personnalité, encore moins depuis qu’il ne pouvait plus pratiquer ouvertement le métier pour lequel il s’était senti dédié dès ses premières armes derrière la caméra. Quelques réflexes charismatiques et manipulateurs avaient pris le pas. Brandan vous extorquait talentueusement votre attention pour se donner de l’importance. Pour les mêmes raisons qu’avant surtout, pour oublier ce qui du reste coinçait. Mais l’ancien cinéaste pouvait aussi se taire. Il en était capable lorsqu’il en avait le plus besoin. Comme à cet instant où il trottinait derrière Esteban sans dire un mot, son sourire passif et son regard aspiré par un ailleurs - il fallait forcément qu’il se déconnecte quelque peu de la réalité pour en arriver à ne rien dire et à ne pas répondre aux petites provocations que lançaient les agents des checkpoints, apparemment dotés de la mission pas même secrète de découvrir les criminels, les amoureux de l’art, avant qu’ils ne frappent - lui conférant presque une auréole métaphorique au-dessus de la tête. Avouons-le. Brandan, dans cet état, donnait l’impression d’un gosse préparant un mauvais coup. Attendant un moment d’inattention pour frapper dans toute la splendeur de l’acte.

Cet homme bedonnant qui inspectait leurs pièces d’identité, Brandan s’amusait à lui inventer une vie - qu’il n’avait peut-être pas. Le sourire d’Esteban intervenait alors comme de la connivence, ce qui l’enchantait tout particulièrement. Même si ce n’était en fait que parce qu’il ne désirait pas y voir la reconnaissance de son colocataire pour son silence. Comme bien des gens, Brandan détestait ses propres failles. Ironique, quand on savait qu’il se nourrissait bien avidement de celles des autres. Ne demandez pas au singe d’apprendre à voler. C’était pourtant une expérience qu’il voulait tenter avec Esteban. Pendant tout ce temps où leurs rapports s’étaient améliorés, jusqu’à devenir une amitié sincère, il n’avait jamais lâché le morceau quant à ce désir qu’il avait de sortir Esteban de sa zone de confort. Était-ce vraiment un tour dans la grande roue de Londres qui y ferait quoi que ce soit ? Brandan était d’avis qu’il avait déjà fait de très grand pas vers cet objectif global en convainquant son ami de prendre le risque de cette sortie. Un soir de semaine ! En sa compagnie, qui plus est. La vie d’Esteban lui était certes mystérieuse, car une large part d’ombre couvrait encore tant de choses qu’il ignorait à son sujet. Cela ne le rendait que plus attrayant à ses yeux. Et plus il s’y intéressait, plus Brandan se montrait exubérant, à prendre trop de place dans sa vie. Jusqu’à en prendre dans son appartement. Mais voyez-vous, l’Américain n’en était pas à une contradiction près. Et il était aussi capable de bien se tenir, tel qu’il venait de le prouver sur le chemin qu’ils avaient tous les deux franchi pour en arriver jusqu’ici.

« J’adorerais savoir comment tu comptes t’y prendre. » répondait-il d’un ton enjoué. Il ne fut cependant pas nécessaire de s’éterniser sur la question de la possible torture aux mains d’Esteban, car c’était déjà leur tour de monter dans la cabine. Brandan y prenait place avec un sourire délirant, qu’il adressait au jeune couple qui leur tenait compagnie. Avant de laisser son regard être aspiré par la Tamise, par toutes les petites lumières de la ville qui, vues sous cet angle privilégié, faisaient oublier que l’on cherchait globalement à en étouffer tant, de lumière. En somme, ce n’était pas un Brandan qui se faisait désirer, lui et son histoire, mais tout simplement un mec heureux. Satisfait de goûter la délicatesse d'un souvenir. « Je… » Je, comme dans moi. Oui, Brandan pensait plus souvent qu’autrement à sa propre personne. Sauf que le regard qu’il captait à la dérobée chez son compagnon était un regard de détresse. Un regard qui arrivait à éveiller en son être toutes les blessures qu’il gardait bien cachées. Brandan était, une nouvelle fois, sans mot. Mais pas pour bien longtemps. « C'était à propos d'un homme. Un Américain, qui avait suivi sa femme de l'autre côté de l'océan parce qu'elle avait toujours rêvé de s'installer à Londres. » commençait-il. « J'ai toujours rêvé de diriger une de ces têtes d'affiche d'hollywood! » Brandan souriait, moqueur pendant une seconde. Son cinéma avait été un cinéma de détails, de sensibilité et de personnages. S'il avait tenu la caméra sur son continent natal, sa filmographie s'en serait peut-être trouvée bien changée d'ailleurs.

« Mais ce rêve était celui de sa femme, pas le sien. Et sa femme décédait dans un accident tout ce qu'il y a de plus bête - le film ne portait pas là-dessus, de toute façon. Plutôt sur cet homme, qui se retrouvait dans une Londres immense qui ne lui disait rien et qui lui était complètement étrangère. Avec une vie déménagée du tout au tout, un job qui ne lui plaisait pas vraiment, une maison trop vide, un accent terrible à assimiler. » ironisait-il en prenant volontairement un accent britannique qu'il maitrisait plutôt bien. « De fil en aiguille, de petites choses s'amenaient dans son quotidien pour lui ouvrir les yeux sur le fait que ce n'était pas la ville qui lui était hostile, mais bien l'inverse. Et il faisait un effort pour aller à la rencontre de la ville, des gens. »

« C'est ici, perché au sommet de la London Eye, seul dans sa cabine, qu'il éprouve pour la première fois le sentiment d'être « à la maison ». Comme une chute vertigineuse, something with the view. » Le regard de Brandan était aspiré, inspiré, par cette vue, alors qu'il se laissait prendre d'un doux enthousiasme. « D'une certaine manière, il comprenait qu'il n'était pas elle. Qu'elle était une partie de lui, bien sûr. Qu'elle le serait toujours. Parce qu'elle était un peu dans cette vue qu'il avait sous les yeux, mais cette vue était bien la sienne et la promesse d'un avenir qu'il avait encore, lui. » Brandan reportait son regard sur Esteban. « La caméra aurait été là, exactement où tu es. L'endroit parfait. »

Devant le silence d'Esteban, Brandan souriait doucement tout en détournant les yeux. Incertain. Et il appuya sa main sur le poignet du jeune homme à ses côtés, y exerçant une légère pression. Dans une volonté de... lui dire qu'il était là, avec lui. Non pas seulement envolé, quelque part dans ses souvenirs ou dans son imagination effervescente.

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MessageSujet: Re: Take a chance on me - Part II Ven 14 Juil - 19:11

    C’est avec les paupières closes qu’Esteban écoutait la réponse de Brandan. Pour vivre ce récit tel un rêve. Afin d’échapper au cauchemar de ses propres souvenirs qui avaient resurgi. Rares sont ceux pouvant prétendre qu’ils n’ont jamais réalisé de rêves, cela se veut même pratiquement impossible. Notre esprit réalise tout ce qu’il désire, dans l’inconscient, le corps sommeille et n’interagit aucunement de façon néfaste envers tout autre individu. Il n’y a pas de conséquences aux rêves, si ce n’est la terreur que nous font ressentir certains cauchemars ou l’aspiration que nous engendre certaines visions. Mais il demeure toutefois facile de dire « J’ai fait un rêve », sans en avoir la même force et la même symbolique qu’un certain Martin Luther ayant rendu cette simple phrase on ne peut plus célèbre à travers le monde. Si ce dernier a réussi cet « exploit », c’est certainement parce que son rêve se démarque totalement de ceux qui parcourent nos esprits et nos cœurs jour après jour, nuit après nuit. Tous ces songes ne sont que des rêves illusoires, des rêves insensés qui ne prennent pour source qu’un simple petit élément réel et concret pour le fantasmer dans un imaginaire profond et totalement dénué de sens et de réalisme.

    Il était certain que Brandan était l’homme qui a des rêves, l’homme qui les réalise est avant tout l’homme qui se réalise soi-même. La construction de notre être demeure toujours en pleine expansion au fil des années et au fil des différents rêves que nous en faisons. Telles des aspirations silencieuses et murmurées secrètement au creux de notre oreille, ils nous incitent à évoluer dans une direction plutôt qu’une autre et, ce, qu’on accepte de les écouter ou non. Un être ambitieux est un homme de rêve et, inversement, l’homme à l’écoute de l’ensemble de ses rêves sera généralement un être ambitieux. C’était sans doute cette partie du jeune homme qui fascinait Esteban. Bien qu’il se voit mal le lui confier, ou encore donner trop d’importance à…cette importance qu’il conférait au cinéaste, sans vraiment le désirer. Ses paupières se ré ouvrent et son regard rencontre à nouveau Londres. Il évitait la Tamise, mais c’était impossible de le faire, même perché à des mètres du sol. Peut-être que…Oui, peut-être que la raison pour laquelle Esteban ressentait ce mal à se détacher de ce qui a pu se passer avec Abel, c’est parce que ces moments courts, cette intensité, cet espoir, faisaient partie de l’un de ses rêves. Celui de trouver une personne qui lui redonnerait gout à la vie. Une personne pour laquelle il serait prêt à tout. Silencieux, il baissa le regard en sentant le contact de la main de Brandan se posait sur la sienne, avec cette légère pression qui témoigner d’une chose qu’il ne pensait pas présente chez le jeune homme : l’empathie. Non pas qu’il le croyait dépourvu de sentiments sincères. C’est juste, que ça lui fasse étrange d’arriver à toucher quelqu’un comme lui. Un léger sourire vint traverser le bout de ses lèvres, tandis qu’il soufflait à l’encontre du jeune homme. « J’aurais aimé aller voir ce film… » Son regard ne rencontre toujours pas celui de Brandan, alors que sa main glisse délicatement pour s’éloigner de la sienne. Il se trouvait tout de même pathétique, et il ne désirait pas que cette sortie, ne tourne qu’autour de ses blessures et sa mélancolie latente.

    « La vérité est que j’ai toujours aimé tes films. Puis je t’ai détesté …Et aujourd’hui, je ne sais plus ou …j’en suis avec tout ça… » Tout ça, exprimé par ses bras qui englobe un tout invisible, et un soupire qui traversait la barrière de ses lèvres. Ce tout ça, indiquait quoi exactement ? Son état ? Cette amitié ? Le monde ? Son passé ? « En réalité, même si je n’arrive toujours pas à te cerner…j’aurais sans doute perdu pied sans ta présence » Il a cet espoir de pouvoir le toucher, l’atteindre et de le trouver quelque part ou ils pourraient se parler à cœur ouvert. Chose qu’il n’avait jamais pu faire avec toutes les personnes importantes, qui ont toutes finis par partit, par lui mentir, par le lâcher. Mais il ne laisse plus l’espérance aveugle, l’espérance utopiste le guider. Mais, aussi fort que puisse être cet espoir, il se doit d’accepter la vérité telle qu’elle se présente. Ce n’était plus la logique de panser la blessure causée mais de reconstruire une symbiose qui couvrirait tout ce mal enduré et, surtout, subi injustement. « Alors, merci » Disait-il en jetant brièvement son regard sur Brandan. Il venait de se retourner, dos face à la vitre donnant sur la Capitale, les bras venant se croiser sur son torse et un regard doux, attendri, paré d’une mélancolie garnissant finement le très léger sourire qui se présenta sur son visage.

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MessageSujet: Re: Take a chance on me - Part II Lun 24 Juil - 21:17

La main d’Esteban glissait et s’éloignait de la sienne sous son regard. Brandan relevait les yeux sur Esteban avant même de laisser l’inconfort devenir une option. Sa main, c’était un peu comme toutes ces choses auxquelles Brandan avait accordé de la véritable importance. Peu nombreuses. Et toutes prises pour acquis. Nul ne pouvait nier qu’il avait travaillé plus que quiconque pour chacun des projets qu’il avait pu mener à termes, et même pour ceux qui étaient resté à l’état d’embryon. Mais jamais Brandan ne s’était vraiment posé la question. Il avait cru en son talent, cru en la chance que lui accordait un fin mélange de hasard et d’acharnement devant l’objectif de réussir et d’être au sommet en son domaine. D’avoir accès aux meilleures équipes, au meilleur matériel, aux grands budgets. À bien y penser, c’était peut-être précisément parce qu’il n’avait jamais même cru possible l’échec qu’il ne s’en était jamais approché. Croire en soi était assurément l’un des ingrédients clef de la recette. Non pas miracle. Tout simplement, l’attitude à avoir pour endurer les difficultés de l’unique route. Brandan avait cru qu’il saurait apporter réconfort à Esteban. Il faisait bien des choses en suivant cette vision pompeuse qu’il avait toujours entretenue de lui-même. Ce n’était pas entièrement de la prétention de sa part. Ça avait tout simplement toujours été sa meilleure arme pour ne jamais cesser d’avancer et pour éviter de se laisser affecter par les dégringolades et les divers aléas de l’existence. Quoi que l’on puisse en penser, l’ancien cinéaste apprenait beaucoup de choses au contact de son actuel colocataire. Lire les subtilités d’un changement de regard n’était pas exactement la même chose que de savoir le commander à un acteur. Cela faisait partie des choses qu’il avait toujours prises pour acquis. Brandan croyait que rien ne pouvait lui échapper chez les autres, mais Esteban à lui seul représentait un océan de mystères.

La main d’Esteban, c’était aussi comme ces journées de tournage pour lesquelles il aurait été prêt à donner n’importe quoi afin d’en vivre une seule de plus. Il s’était toujours cru essentiel, alors que c’était le cinéma qui l’avait été pour lui. Il avait souhaité offrir du réconfort et c’était lui surtout, qui éprouvait un étrange vide à sentir cette main s’éclipser du contact de la sienne. Cela ne le dérangeait pas, d’avoir été détesté. Il aurait admis volontiers l’avoir cherché, d’une certaine façon. Brandan souriait. Parce qu’il n’offrait pas autre chose à quiconque, parce que ça faisait partie de lui de se montrer sous son bon jour. Même s’il éprouvait quelque chose, une sensation dérangeante à cette instant bien précis. « Peut-être bien, que tu pourrais m’en parler. De tout ce que tu ressens à propos de… tout ça. » Le sourire en coin laissait deviner que Brandan se comptait partie intégrante de cette mention difficile à définir. Il ne s’agissait pas, cette fois, de provocation. Même si une part importante de lui ne pouvait jamais s’empêcher de pousser les gens dans leurs derniers retranchements. Sous l’influence d’une envie de jouer, de titiller, et surtout de vivre et de faire vivre quelques émotions. Cela répondait sans nul doute à une angoisse silencieuse chez l’Américain, qui avait besoin d’exister dans les regards et dans les esprits. Son sourire en coin se serait maintenu ainsi, s’il ne se retrouvait pas pris complètement de court par les autres mots d’Esteban. Impossible pour Brandan, de coutume indéchiffrable s’il en décidait ainsi et il en décidait toujours ainsi, de camoufler l’incrédulité qui gagnait ses traits. « Ne me remercie pas… » Il avait du mal à changer d’expression, alors que ses prunelles vertes étaient fixées sur la silhouette du jeune homme lui faisant face. « Avant toi, je n’ai jamais eu qu’un seul ami… Sans d’ailleurs être bien doué pour cela. » Ces éclats de sincérité. Ou de lucidité, devrait-on dire. Étaient particulières à cette relation particulière. Même en la compagnie de Stefan, il ne s’était jamais ainsi remis en question. Sa mort l’avait changé plus qu’il ne saurait l’admettre, même s’il n’en parlait jamais. « Et il est mort. C’est moi qui devrais te remercier de m’avoir tendu la main. » Et il était en train de le faire, à sa façon. Baignant dans l’inconfort d’une conversation dont les codes lui échappaient. Tout ce que Brandan faisait, disait, était naturellement calculé. Ce n’était pas le cas, en ce moment.

Ce n’était pas seulement de l’inconfort toutefois. C’était aussi un sentiment de soulagement, de légèreté à l’idée de pouvoir confier des mots, et des maux. C’était laisser une place à quelqu’un bien plus près du cœur qu’il n’aurait cru être en mesure de le faire sans se braquer et tourner la situation à la rigolade. Brandan regardait toujours Esteban. Il était comme en attente, il aurait aimé que ce dernier lui dise ce qu’il avait tant sur le cœur. Ce que Brandan avait déjà identifié depuis leur première rencontre sans pour autant être en mesure de le définir. Comme les mots ne venaient pas, comme le silence s’éternisait et lui faisait douter de l’envie d’Esteban de se confier à lui. Brandan jetait à nouveau un oeil vers cette vue, qui le charmait, avant de il reprendre la parole avec une légèreté un peu forcée : « Mais tu ne me détestes plus, right ? » Il relevait les yeux vers Esteban.

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