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Lost in The Echo

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Checkpoint Charlie [Ronan]

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Profession : Députée au Parlement du Royaume-Uni ; Rédactrice du blog "Le Musée des Ombres" sous l'identité secrète de Evey Hammond ; Secrètement engagée dans la résistance armée pour son propre compte
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MessageSujet: Checkpoint Charlie [Ronan] Ven 26 Mai - 19:58

Spoiler:
 

« Bennett » répéta-t-elle dans un soupir excédé. Et de compléter, tout en articulant exagérément, comme si son interlocuteur ne maîtrisait que modérément la langue anglaise : « Stacey Bennett ». De nouveau, elle lui tendit le pass que le portique venait de refouler à trois reprises. A en juger par l’expression de son visage, l’officier de police n’était pas disposé à faire une exception. Dans un petit claquement de langue impatient, Stacey plongea une main dans son sac pour en tirer son portefeuille. Au terme de quelques secondes de recherche, la jeune femme finit par rassembler tout ce qui était susceptible de prouver son identité : passeport, badge d’accès au Parlement, et même sa carte d’adhésion au parti travailliste – sans succès. De toute évidence, ce cerbère en uniforme avait reçu des ordres précis la concernant, si bien qu’il était illusoire d’espérer le convaincre. « Damn it ! » cracha-t-elle, les dents serrées, avant de tourner les talons. D’un geste rageur, Stacey rouvrit son sac pour y jeter les documents brandis inutilement. Ce faisant, son regard se posa sur un paquet de cigarette auquel elle s’était pourtant promis de ne plus toucher la veille – sans toutefois s’en délester, signe évident de sa mauvaise volonté. Adolescente, la jeune femme avait profité exagérément de la vie – ou plus modestement de la liberté et de l’argent de poche que lui laissait son père, trop absorbé par ses meetings. A la mort de ce dernier – et en dépit de la promesse qu’elle s’était faite, dès son entrée en politique, de renoncer à un certain nombre d’excès – Stacey avait progressivement renoué avec tout ce qui était susceptible de résorber son stress et de combler son vide.

Toute tremblante de rage, la jeune femme actionna le briquer, comme elle glissait la cigarette entre ses lèvres. La première bouffée de fumée lui arracha un long soupir de soulagement, tandis qu’elle venait s’adosser à l’un de ces murs de briques écarlates qui faisaient le charme des rues londoniennes. En l’espace d’une dizaine de jours à peine, Stacey avait été refoulée trois fois aux différents points de contrôle qui jalonnaient la ville. Son expérience en politique lui avait appris à ne pas croire à ce genre de coïncidences. De toute évidence, quelqu’un dans les hautes sphères du pouvoir ne voulait plus de sa présence au Parlement et il n’y avait pas besoin de chercher bien loin ni bien longtemps pour trouver quelques potentiels suspects. Dans un sourire sarcastique, Stacey songea à l’expression couramment employée pour désigner l’opposition au Parlement du Royaume-Uni : Shadow Cabinet ou Cabinet fantôme. Ironie de l’histoire, toute forme de contestation à l’égard du gouvernement était bien devenue invisible et inaudible à Westminster. Lassée de devoir défendre bec et ongles son droit d’exprimer les convictions pour lesquelles une part non négligeable des électeurs britanniques l’avaient élue, Stacey se décida néanmoins à sortit son téléphone portable de la poche de son manteau. Au terme de quelques minutes de recherche dans son répertoire, elle réalisa qu’elle n’avait personne à contacter. L’espace de quelques secondes, son pouce resta en suspens au-dessus du nom de Wesley avant qu’elle ne se puisse se résoudre à verrouiller de nouveau l’écran dans un soupir.

C’est alors que l’espoir jaillit de nouveau, juste au coin de la rue, en la personne de Ronan Norton. Grand, élégant, séduisant, charismatique, l’homme avait tout des jeunes loups de la politique dont le nouveau Premier Ministre cherchait à s’entourer – quite à les recruter parmi les figures les plus talentueuses de l’opposition, songea Stacey non sans une pointe d’amertume tandis que l’image de son ancien allié (conseiller, et bien plus encore) Ethan Marshall se profilait dans son esprit. A dire vrai, Stacey ne connaissait pas Ronan – ou si peu. Elle se souvenait l’avoir croisé à plusieurs reprises étant enfant, leurs pères étant jadis liés par une amitié qui était toujours restée au-delà de sa compréhension. Sur un plan strictement professionnel, les deux jeunes gens n’avaient été amenés à se croiser qu’en de rares occasions, juste assez pour savoir que leurs allégeances étaient pour ainsi dire différentes – pour ne pas dire incompatibles. Aussi Stacey avait-elle été pour le moins surprise de le voir s’inviter aux obsèques de son père, un geste d’une hypocrisie sans nom dont elle lui tenait encore rigueur aujourd’hui. « Hé, Ronan ! » l’interpella-t-elle d’un ton acerbe qu’elle regretta aussitôt – car après tout, elle ne pouvait espérer franchir ce maudit portique sans son aide. Stacey prit le temps de tirer une dernière fois sur sa cigarette avant d’écraser le mégot contre le mur et de venir le jeter dans la poubelle la plus proche. « On dit que tu es le conseiller le plus proche de Cole, l’homme qui murmure à l’oreille du Premier Ministre. » Comme elle parlait, elle s’avança vers lui, le visage teinté d’un sourire sarcastique qui ressemblait davantage à une grimace. « J’ai un message pour lui. » Et de rajouter, sur un ton volontairement provocateur : « S’il veut pouvoir continuer à se targuer d’avoir une opposition fantoche au Parlement, encore faut-il la laisser passer les checkpoints. » Elle aurait pu lui demander son aide, tout simplement, au lieu de chercher à le mettre de mauvaise humeur. Mais Stacey ne faisait jamais dans la simplicité.

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MessageSujet: Re: Checkpoint Charlie [Ronan] Sam 3 Juin - 22:41

Qui n’a pas connu la frustration d’être confronté à des collègues - des amis, peut-être - qui ne vous rendent pas ce que vous espérez. Ou ce dont vous avez le plus besoin. Apprendre et accepter que l’on détient très peu souvent le contrôle sur les autres est une étape nécessaire pour accéder à la finesse de la manipulation. Oh, Ronan n’est pas un manipulateur. Pas vraiment. Il est en revanche plutôt habile pour manœuvrer une situation ou une autre, de sorte d’obtenir ce qu’il veut obtenir. C’était là le propre et le qualificatif premier d’un avocat d’excellence. Toutes les causes pouvaient être observées sous plusieurs angles. Tout était une question de long terme et de patience…Mais plus frustrant et plus déconcertant encore que l’impossibilité de faire agir les autres tel que l’on voudrait les voir agir : se rendre compte que l’on est soi-même si peu enclin à répondre aux objectifs fixés. Ronan nageait en plein dans cette sorte de confusion, ces derniers temps. En apparence, tout lui réussissait. Professionnellement parlant, il n’avait à se plaindre de rien et on venait à lui pour maintes affaires qui auraient dû lui insuffler un profond sentiment d’accomplissement. Il était en effet au sommet - parce qu’on avait quelque part décider que le sommet était cela, le pouvoir. Ronan…avait une très étrange relation avec ce dernier. On pouvait d’ailleurs facilement dire qu’il servait davantage le pouvoir que ce dernier ne lui servait à quoi que ce soit. Il menait à bien ses tâches, apportait les conseils les plus judicieux et répondait aux attentes en étant au-dessus des attentes. - Bla, bla, bla. - La satisfaction aurait dû se manifester. Il n’en était que plus indifférent.

Cette indifférence n’avait pas besoin d’être expliquée. Elle se camouflait sous le couvert d’un visage de fer, l’air qu’on lui avait toujours connu. Ronan n’était pas malade, il n’était pas fragile ni devenu un ermite. Il avait toujours été ainsi, de ceux que l’on regarde plus souvent qu’autrement de loin pour éviter de se frotter à ce qui se veut trop imprévisible. Ce n’était pas un caractère bouillant, mais une nature impossible à faire fléchir, impossible à corrompre. Ronan n’était pas même moins efficace ! Alors qu’était-il ? Las. Il avait goûté au piquant d’une vie faite pour l’émotion, par l’émotion. Quelque chose s’était fondamentalement métamorphosé en lui, il avait des besoins et des envies qui se voyaient frustrer jour après jour. La solitude lorsqu’elle durait un peu trop l’exaspérait, mais il ne cherchait pas pour autant la compagnie des autres. À vrai dire, il n’y avait bien qu’une seule personne qui l’intéressait et cette personne semblait lui préférer un zèle contre lequel Ronan n’avait aucun argument suffisamment convainquant. Il se plongeait alors à son tour dans le travail. Le travail… qui lui était à la fois ce réconfort unique, exquis, et ce couteau planté dans le dos. Ce qui l’empêchait d’accéder à ce qu’il aurait voulu être plus simple et meilleur. Il avait pris goût au quotidien, aux petites choses qui se faisaient de plus en plus rares depuis des semaines. Et il en revenait à se demander si c’était ce que les autres ne faisaient pas, ou l’enthousiasme qu’il ne ressentait plus, qui l’emmerdait le plus.

En marchant vers le Parlement, Ronan fut une fois de plus surpris par l’attitude des autres. Cette fois, d’une personne qu’il ne s’attendait pas du tout à croiser et encore moins avec qui il s’imaginait avoir un échange aujourd’hui. Pour cause, Stacey Bennett et lui n’avaient pas grand chose en commun. Les éléments qui auraient pu faire partie de la liste n’étaient apparemment pas à l’ordre du jour. Sur le coup, l’avocat semblait bousculé et irrité par le fait même. Il semblait évident que la politicienne avait en tête de passer sur lui ses propres frustrations, et il se braquait par réaction naturelle…Mais…À vrai dire, cela lui procurait un certain agrément d’éprouver quelque chose. Remplacer une frustration par une autre, plus vive et plus spontanée. Plaisirs simples, vie compliquée. Cette surprise n’en était pas forcément une bonne, mais elle en restait une et il comptait bien honorer son titre, sa réputation. Ronan ne vous laissait que peu souvent ce plaisir de le prendre de court.

Ronan soupirait. Comme pour appuyer ce qui était déjà une évidence : cette journée avait commencé d’un bien mauvais pied. Tout comme cette conversation, si c’en était une. « Stacey, quelle surprise. » Il toisait la jeune femme du regard, en attente de plus. Cet air perplexe et hautain, qui semblait dire : you know i'm wasting my time. C’est-à-dire, usait-elle vraiment de sa présence comme exutoire ? Par chance pour la jeune femme, Ronan avait justement du temps à tuer. Il était, comme toujours, bien à l’avance pour son premier rendez-vous de la journée. Si quelqu’un s’était affairé à détailler le profil psychologique de l’avocat, il aurait été intéressant de noter qu’il s’attardait auprès d’elle malgré tous les éléments qui auraient dû lui faire tourner les talons. Les malheurs des uns étaient réconfortants lorsque les siens devenaient insupportables, pas vrai ? C’était un ton formel, appelé par l'agressivité que lui manifestait la jeune femme de si bonne heure, qui prenait le relai. « Tu connais la raison des checkpoints, éviter de laisser passer tout ce qui représente une menace pour la sécurité de nos fonctionnaires. » Il ne se gênait pas de lui laisser savoir que son discours ressemblait à une menace. Il n’était pas sage de parler du Premier Ministre en de tels mots, surtout devant les agents responsables du passage à ce checkpoint hautement sécurisé. « C’est de toute façon probablement une erreur, et je suis persuadé qu’il y a une tonne de tes amis que tu peux appeler, prêts à corroborer. » Il détournait finalement son regard. Ronan paraissait agacé. Il s’apprêtait d’ailleurs à sortir son propre badge d’identification et à le tendre à l’agent qui lui faisait signe.

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MessageSujet: Re: Checkpoint Charlie [Ronan] Ven 9 Juin - 19:30

Docere, placere, movere. Au cours de ces années d’études au sein de la prestigieuse London School of Economics and Political Science, Stacey avait naturellement été formée aux bases de la rhétorique telle que prônée par Cicéron. Instruire, plaire, émouvoir. Quiconque espérait conquérir son auditoire se devait de maîtriser ces trois principes élémentaires. Connue pour sa puissance de travail et sa capacité à maîtriser des dossiers complexes dans un délai plus que raisonnable, Stacey n’avait jamais eu le moindre mal à remplir la première des trois conditions d’un discours réussi. En dépit de cet air supérieur qu’elle arborait parfois – pour mieux se protéger des différents assauts de ses adversaires politiques – la jeune femme savait adapter son propos en fonction de son auditoire, usant des bonnes métaphores et autres références pour donner à son argumentation la clarté et l’impact adéquats. Petite-fille de sénateur, fille de Ministère de surcroît, Stacey avait été formée, dès sa plus tendre enfance, à l’art de persuader avant que de convaincre. Gouverner, c’est faire croire, lui répétait souvent son père, qui ne manquait jamais une occasion de citer Machiavel – leur idole commun. Toucher le cœur du public sans le manipuler était un art qu’elle avait finalement appris à maîtriser, au terme de plusieurs longues années de pratique. Emouvoir était devenu un jeu d’enfant. En revanche, s’il était un talent que Stacey n’avait toujours pas développé en plus de dix années de présence sur la scène politique, c’était sûrement celui de plaire. S’imprégner des états d’âmes de son auditoire, arrondir les angles pour ne pas blesser, tronquer la vérité pour soigner les egos ? Très peu pour elle. La jeune femme se montrait quelques fois trop franche et bien souvent trop dure, comme elle l’était à cet instant à l’égard de Ronan. Elle en avait conscience, sans toutefois pouvoir – vouloir ? – s’en empêcher.

Ces derniers mois, Stacey avait senti la fatigue, la colère et la frustration germer, grandir en elle, tel un monstre à trois têtes. Niché au creux de ses entrailles, cette infâme chimère se nourrissait allègrement de ce qui la faisait courber l’échine, des tout petits tracas du quotidien – un dossier oublié ou un débat perdu – aux plus sombres angoisses – le devenir de son parti, les longs silences de Wesley. L’impossibilité de passer le checkpoint, ce matin-là, alors qu’une réunion des plus importantes devait se tenir au Parlement dans moins d’une heure était sans doute l’étincelle venue catalyser sa mauvaise humeur sur le seul être connu à plus d’un kilomètre à la ronde – ce pauvre Ronan, en l’occurrence. Loin de décolérer, Stacey croisa les bras sur sa poitrine dans une attitude que d’aucuns auraient qualifié de bornée – pour ne pas dire franchement hystérique. Qu’à cela ne tienne, la jeune femme était bien trop habituée à ce genre de réactions méprisantes pour y accorder ne serait-ce qu’une once d’attention. En réponse à l’avertissement à peine voilé de Ronan, Stacey ne put réprimer un léger haussement de sourcils, un brin condescendant. « Je suis une menace pour la sécurité des fonctionnaires de ce gouvernement ? Première nouvelle. » observa-t-elle d’un ton au travers duquel perçait une once de sarcasme. Pour être tout-à-fait honnête, les accusations du conseiller du Premier Ministre, quoi que lancées à tort et à travers à cet instant, n’étaient pas sans fondements. Pour autant, Ronan ignorait tout des agissements de Stacey – du moins a priori – si bien que le procès qu’il lui faisait à cet instant était proprement illégitime.

Appeler quelqu’un d’autre ? La jeune femme ne put réprimer un petit claquement de langue agacé. Elle voulut rétorquer quelque chose mais Ronan s’éloignait déjà, si bien qu’elle tourna les talons à son tour. D’une main toute tremblante de rage, elle voulut s’emparer de son paquet de cigarettes – pour finalement se raviser à la dernière seconde. Son cœur tambourinait toujours furieusement contre sa poitrine lorsqu’elle jeta un rapide coup d’œil par-dessus son épaule, juste à temps pour voir l’avocat tendre son badge aux policiers. Stacey se mordit la lèvre, sembla hésiter quelques instants, avant de s’exclamer, avec suffisamment de force pour couvrir le bruit lointain de la circulation. « Excuse-moi. » Au terme de quelques secondes supplémentaires d’hésitation, la jeune femme finit par consentir à esquisser quelques pas en direction de Ronan. « Excuse-moi, je suis à cran. On l’est tous, pas vrai ? » Sa colère quelque peu retombée, Stacey ne manqua pas de remarquer que l’homme n’avait pas l’air dans son assiette lui non plus. Dans un profond soupir, elle finit néanmoins par ajouter : « Ecoute, je ne fais que mon travail, comme toi. J’ai une commission parlementaire qui débute dans moins de quarante-cinq minutes. Tu sais pertinemment qu’ils ne me laisseront pas passer avant des heures. » ajouta-t-elle à mi-voix, tout en désignant les policiers d’un vague geste de la main. « S’il te plait, Ronan. Nos pères se respectaient, au-delà de leurs divergences politiques, je crois que nous le pouvons, nous aussi. » Elle aurait préféré ne pas avoir à invoquer la figure paternelle. L’espace d’un court instant, le regard de Stacey sembla se voiler quelque peu. Moins d’une fraction de seconde plus tard, il n’y paraissait déjà plus. Dans un nouveau soupir, la jeune femme se dit que la probabilité pour que ses prières parviennent jusqu’aux oreilles de l’avocat était plus que mince.

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MessageSujet: Re: Checkpoint Charlie [Ronan] Ven 16 Juin - 16:10

Faire la conversation n’avait jamais fait partie des moments préférés de l’avocat en une journée. Étrange, comme il maitrisait l’art de parler devant une cour de justice et comme il exécrait les discussions un-à-un…Surtout lorsqu’elles ne lui étaient d’aucun intérêt particulier. Jouer sagement les exutoires n’était pas au top de sa liste d’activités du jour - cela n’en faisait même tout simplement pas partie, jamais. Très peu de gens, d’ailleurs, se risquaient à irriter de la sorte le plus jeune des Norton depuis des années. Son statut nouveau auprès du jeune gouvernement et plus particulièrement de son Prime Minister avait en quelque sorte consacrer la chose. Terminés, ces temps où Ronan devait se plier aux discussions accablantes avec de potentiels gros clients pour le bien d’une cause à plaider qu’il voulait absolument obtenir. Le boulot ne manquait pas, même si l’avocat arrivait encore sans mal à terminer ses journées à l’avance. Tout cela, si bien que Ronan en venait à être plus curieux qu’autre chose. Devait-il se mettre en colère lui-même, en réponse aux attaques peu subtiles ? Cela était bien loin de sa personnalité. Sans compter qu’il avait saisi un élément bien important, essentiel, dès les premiers mots échangés avec Bennett. Ce n’était pas lui qui se trouvait en mauvaise posture. En fait, elle était bien la seule à avoir quelque chose à gagner en cette situation, même si son comportement laissait tout croire l’inverse. Il existait diverses stratégies pour en venir à des fins. Il l’avait bien remarqué au long de sa carrière et au fil des individus rencontrés, tous aux profils les plus variés les uns que les autres. Une chose s’annonçait déjà certaine, celle adoptée par la jeune femme ne risquait pas de provoquer quoi que ce soit chez Ronan qui pourtant, par chance pour elle dirait-on, ne demandait justement qu’à être distrait. Distrait d’une lassitude au quotidien ancrée de plus en plus profondément et devenue trop lourde pour espérer la chasser vraiment.

Pour dire vrai, il n’avait jamais vraiment pris au sérieux cette « menace » que pouvait représenter la jeune femme. Dans les nouvelles configurations politiques, Stacey Bennett n’était plus qu’une simple figure d’opposition réduite à des débats houleux et complètement illusoires au Parlement. De quoi faire bonne figure d’ailleurs, pour un pouvoir en place qui ne cherchait pas vraiment à cacher qu’il n’y avait plus de place pour la discussion et les opinions divergentes, mais qui n’avait pas encore fait le pari de priver la population de « faux » représentants pour maintenir ce qui se nommait communément la liberté d’expression. L’opposition était donc essentielle dans son incapacité d’action. En politique, les apparences jouaient un grand rôle, voire même un premier rôle. On lui avait toutefois à plusieurs reprises laissé clairement entendre qu’il fallait se méfier de la jeune femme. Ronan ne faisait pas partie de ces confidences ni ne s’y était véritablement intéressé, mais il soupçonnait que les hauts dirigeants la croyaient capable de bien plus que de beaux discours. C’était sur ces pensées qu’il relevait la tête vers elle, lorsqu’elle ironisait la menace qu’elle représentait pour les fonctionnaires de leur gouvernement.

« Ce n’est pas mon travail de prendre cette décision. » Il était après tout avocat, pas agent de l’ordre. Ni responsable de près ou de loin de la sécurité des lieux. Ce n’était par conséquent pas à lui de statuer sur la menace que représentaient les gens pour le Parlement britannique. Était-ce l’indifférence de Ronan qui amenait la jeune femme à changer de stratégie en cet instant ? Toujours était-il que cette nouvelle tentative présentait nettemment un meilleur pourcentage en probabilité de réussite. N’allez pas croire que Ronan faisait partie de ses gens à attendre des autres un « s’il-te-plait, bonjour, merci ». Il n’existait nul mot magique pour le contraindre à quoi que ce soit et il éprouvait tout simplement un très faible penchant pour le bon sentiment pur. Mais par la bande Stacey évoquait un sujet qui lui serait à tout jamais sensible, soit la mort d’un être cher. Pour Ronan, cela appartenait à un passé désormais révolu, mais il existait clairement deux choses susceptibles de lui tirer un tant soit peu d’émotion : le deuil, et ironiquement un certain procureur de la couronne à l’horaire diablement trop chargé pour son propre bien et le sien. Le jeune homme se retournait donc enfin, sans pour autant répondre aux allusions de la jeune femme à l’état d’esprit dans lequel ils se trouvaient tous. Ce n’était pas complètement faux, mais il n’en était pas à dévoiler ce genre d’information bien trop personnelle. « Je peux confirmer ton identité. Je n’ai aucun autre pouvoir sur la situation. » soupirait-il. Parce que Ronan était bien davantage homme d’action que de discussion, il terminait de passer lui-même le contrôle policier et engageait la conversation avec l’agent, tout en jetant un coup d’œil vers la jeune femme qui se tenait en retrait à quelques mètres. Au bout d’un moment et plusieurs mots échangés, il se retournait vers elle. « Ils vont procéder à une fouille, si tu acceptes de t'y soumettre. Peut-être qu'ensuite, tu pourras passer. » Alors que jusqu’à présent, Ronan s’était contenté d’être indifférent face à toute cette situation, son esprit commençait à s’affiner. Il était curieux de savoir, avait-il décidément fait erreur sur le compte de la jeune femme ? Se pouvait-il qu’elle représente véritablement une menace pour la sécurité ? Le regard qu’il posait sur elle était suspicieux et pour la première fois ce matin, véritablement intéressé.

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MessageSujet: Re: Checkpoint Charlie [Ronan] Sam 22 Juil - 20:15

Connais ton ennemi. Comme la plupart des étudiants en sciences politiques, Stacey avait été bercée, jadis, par l’œuvre de Sun Tzu. Près de dix ans plus tard, elle était bien forcée d’admettre qu’elle n’avait pas suffisamment tiré profit de cet enseignement. Les épaules voutées, la mine sombre, elle était prête à tourner les talons lorsque son adversaire la prit de court en faisant preuve à son égard d’une clémence dont elle ne l’aurait jamais cru capable – et qu’elle était presque certaine de ne pas mériter. Preuve était faite – s’il en fallait – que Stacey ne connaissait pas Ronan. Tous deux issus de la bourgeoisie britannique, les deux jeunes gens avaient été, dès le berceau, biberonnés au droit et à la politique. Des centres d’intérêt communs, des études brillantes, une amitié – pour le moins insolite ! – qui pendant des années avait uni leurs deux vénérés paternels… Autant de similitudes qui, avec le temps, auraient dû voir leur relation tendre, à tout le moins, vers une certaine cordialité. Pour quelque obscure raison, cela n’avait pourtant jamais été le cas. Aussi loin qu’elle s’en souvienne, Stacey n’avait jamais rien éprouvé d’autre, à l’égard de Ronan, qu’une profonde indifférence – encéphalogramme plat, de temps à autres rehaussé par quelques pics d’animosité, chaque fois qu’elle s’était violemment heurtée au talent indéniable de cet avocat de renom, à la croisée de leurs chemins professionnels. Parce qu’aucun secret ne pouvait rester bien gardé pour quiconque fréquentait le gratin londonien, Stacey n’était pas sans savoir quel malheur avait si injustement frappé son adversaire. Il lui semblait d’ailleurs que ce fantôme était la clé de l’amitié – était-ce vraiment le mot ? – qui unissait Ronan et Wesley. La jeune femme n’avait jamais posé la moindre question à ce sujet. Pour être tout à fait honnête, le sort de Mrs Norton ne l’avait jamais réellement préoccupée jusqu’à ce jour – bien qu’elle se soit émue de la nouvelle, comme tant d’autres à l’époque. Comme elle guettait du coin de l’œil la haute silhouette de Ronan qui, lentement, s’en allait engager des pourparlers avec l’agent, elle ne put s’empêcher de se demander si cette sombre pièce du puzzle de cette personnalité pour le moins énigmatique faisait de l’avocat un ennemi doué de compassion – ce qui n’était assurément pas le cas de la plupart de ses acolytes membres du nouveau gouvernement. A moins qu’il ne s’agisse simplement d’un homme droit, capable de faire montre de respect, y compris face à ses plus farouches adversaires – ce qui n’était pas sans lui rappeler une autre personne de son entourage ? Tout à coup, Stacey se sentit un brin honteuse, tandis que sa propre puérilité lui sautait brusquement aux yeux. L’instant d’après, il n’y paraissait déjà plus.

Une fouille. Stacey encaissa la nouvelle, non sans une petite moue réprobatrice. A mesure que les négociations progressaient – encore beaucoup trop lentement à son goût – la jeune femme ne pouvait totalement s’affranchir de l’idée que quelque chose ne tournait pas rond. Aussi loin qu’elle s’en souvienne, Cole – et ses sbires, par extension – ne l’avait jamais réellement considérée comme une menace. A dire vrai, elle avait pris l’habitude de voir chacune de ses requêtes rejetées d’un ton condescendant, ponctué d’un petit rire moqueur. Après tout, elle n’était qu’un électron libre, noyée parmi des députés dont la plupart s’étaient officiellement ralliés au Nouvel Ordre. Elle était celle dont on riait dans les couloirs, dont on singeait les gestes, parodiait les discours, comme pour mieux souligner son impuissance face au pouvoir en place. Jusqu’ici, elle n’avait jamais vu le moindre regard suspicieux se poser pour elle, si bien que les difficultés qu’elle éprouvait depuis quelques jours, au moment de passer les divers barrages situés d’un bout à l’autre de la ville, avaient fait naître en elle une certaine forme d’inquiétude. Se pouvait-il qu’une enquête ait été ouverte la concernant ? Ou bien s’agissait-il seulement d’une vaine tentative destinée à la décourager de poursuivre la lutte ? Perdue dans ses pensées, Stacey observa quelques secondes de silence, tandis que son regard allait et venait du policier à l’avocat. « Très bien. » finit-elle par souffler à mi-voix, tout en cherchant à sonder le regard de Ronan. Elle avait beau se montrer suspicieuse à son égard, quelque chose lui disait qu’il disait vrai en affirmant que ce qui était en train de se produire aux abords du Parlement dépassait de très loin son domaine de compétences.

D’un pas hésitant, la jeune femme consentit finalement à s’avancer en direction du policier. A mesure qu’elle s’approchait lentement du portique, son cerveau affolé tentait en vain de dresser la liste des objets compromettants susceptibles de se trouver dans ses bagages. En règle générale, elle se montrait d’une extrême prudence pour tout ce qui concernait ses activités parallèles. Pour autant, elle n’était jamais à l’abri d’une erreur. D’une main mal assurée, Stacey commença par vider le contenu de sa sacoche d’ordinateur : un laptop flambant neuf, un bloc-notes griffonné de quelques noms – les rendez-vous du jour – quelques stylos, un parapheur, ainsi qu’un gros dossier frappé de l’inscription « Commission des lois ».  Une fois les différents objets dispersés sur la table, la jeune femme finit par se résoudre à ouvrir son sac à main dont elle sortit un paquet de cigarettes, son portefeuille, son passeport, une boîte de chewing-gum, un tube de rouge à lèvres ainsi qu’un petit flacon de parfum de grande marque française. Son cœur manqua quelques battements lorsqu’elle brandit enfin une montre, abandonnée par son propriétaire quelques jours auparavant sur la table de chevet de Dieu sait quel hôtel miteux de la banlieue de Londres – un petit faux pas, certes, qui devrait néanmoins rester sans conséquence, du moins l'espérait-elle. Trois téléphones vinrent s’ajouter à cette collection d’objet – deux smartphones, l’un réservé à un usage professionnel, l’autre personnel et un téléphone crypté, frappé de la marque d’une grande entreprise industrielle française - acheter anglais pour se protéger du renseignement britannique eût été une erreur de débutante - et dont le design laissait franchement à désirer. Un équipement de professionnel pour une simple députée sans le moindre pouvoir. Sans surprise, ce dernier objet sembla accaparer toute l’attention du policier. « Pour ça, il va vous falloir un mandat. » s’exclama Stacey, comme elle posait une main sur le poignet de l’agent pour l’empêcher de s’emparer du précieux objet. Et un bon informaticien, ajouta-t-elle en pensées, tandis qu’elle soutenait le regard de l’homme. « Il y a encore des droits dans ce pays, n’est-ce pas Maître Norton ? »

La provocation n’était sans doute pas la meilleure des attitudes à adopter dans ce genre de situation. Toujours est-il que Stacey finit par obtenir l’autorisation de passer. Les mains toujours un peu tremblantes, elle dut réprimer un profond soupir de soulagement tandis qu’elle rassemblait ses affaires à la hâte pour franchir le barrage. « Je te remercie. » finit-elle par souffler à l’attention de Ronan. « Pour ton aide. » Ces quelques mots, si douloureux pour elle, ne pouvaient sortir autrement que par saccades mais cela constituait déjà un immense progrès pour quiconque la connaissait bien. « Je t’aurais bien offert un café pour te remercier mais la rumeur dit que celui de Westminster est infecte. » conclut-elle dans un petit rire étranglé. Elle-même n’avait jamais pu le vérifier, ne buvant que du thé. Il y avait quelque chose d’étrange dans le fait de se tenir là, les bras ballants, à tenter de faire la conversation à celui qu’elle avait traité si durement quelques minutes plus tôt. « Je suppose que nos chemins se séparent ici… ? » demanda-t-elle, hésitante, ne sachant pas où Ronan avait lui-même rendez-vous. « A moins que tu n’aies reçu pour ordre d’escorter la dangereuse terroriste que je suis jusqu’au Parlement ? » Dans un petit rictus, Stacey agita ses deux mains devant elle, comme pour simuler une grande menace. Preuve que la jeune femme était capable de témoigner d'un certain sens de l'humour, de temps à autres. L’instant d’après, elle ouvrit la bouche pour la refermer presque aussitôt. Son regard se posa sur la silhouette du policier qu’elle pouvait encore distinguer dans la lumière du petit jour. Même si Ronan était au courant d'une éventuelle enquête ouverte à son sujet, il était fort à parier qu’il ne lui en dirait rien.

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MessageSujet: Re: Checkpoint Charlie [Ronan] Lun 7 Aoû - 17:29

Ronan se souciait très peu de connaître les travers ou les secrets des autres. Cela faisait-il de lui un être asocial ? Non. Car il s’intéressait tout de même aux autres. Les connaître était un élément clef de toute réussite sociale, plus particulièrement encore dans le domaine où il faisait carrière et dans celui où il baignait depuis des mois. Il lui avait bien fallu creuser dans le passé et le présent de bon nombre de gens pour en déterminer le futur. À savoir que, Ronan Norton s’était toujours montré capable d’écoute et d’observation. Il avait commencé à observer son père très jeune, celui-ci lui ayant servi de modèle tout au long des années qui avait forgé son caractère et sa personnalité, publique comme privée. De la sorte, il s’était imprégné des qualités de ce dernier qui avaient fait de lui un homme respecté et droit. Car il y avait ceci de notable avec la famille Norton. Ils avaient beau sans secret appartenir à l’élite qui soutenait les pouvoirs en place, il était impossible de qualifier cette famille de corrompue. Même en étant impliqués dans un coup d’état, les Norton faisaient preuve d’un sens de la justice dont peu d’hommes pouvaient se vanter. On aurait presque pu dire qu’ils étaient des « modérés » dans ce conflit interminable qui opposait le nouvel ordre à différentes formes de résistance qui s’était formées, battues et éteintes au fil des mois. Les Norton soutenaient certains intérêts bien distincts, personne n’allait le nier. Les leurs, bien entendu, mais aussi ceux des hommes de pouvoir à qui ils avaient conféré un soutien tant financier que publique. Mais ils ne le faisaient pas au détriment de droit à bafouer -pas eux-mêmes- et ils maintenaient une image de droiture qui contrebalançait fort probablement l’ambition de quelques-uns de leurs semblables. Pour le plus grand bien d’un gouvernement déjà hautement critiqué par ses détracteurs.

Il ne fallait donc pas voir dans les agissements de Ronan plus de signification que ce qui en était vraiment. De la droiture. Vraisemblablement, il n’existait aucune raison pour qu’une politicienne élue soit tenue à l’écart du lieu même de ses fonctions. Même s’il s’agissait de Stacey Bennett et que sa réputation n’était plus à présenter à quiconque gravitait dans le milieu. Ayant obtenu gain de cause auprès des agents, mais également auprès de la jeune femme qui acceptait de se prêter à la fouille demandée, Ronan s’attardait. Une fois de plus, il valait mieux ne pas se faire trop d’idée sur ses intentions, au risque d’être déçu. Ronan avait annoncé se prêter garant de l’identité de la jeune femme, bien que ses papiers auraient normalement déjà dû suffire. De son identité, non pas de ce que pouvait révéler la dite fouille. Avouons donc qu’il éprouvait une certaine curiosité à la voir s’avancer d’une démarche moins confiante que ce qu’elle lui avait montré quelques instants plus tôt. Lorsque le regard de la politicienne croisait le sien, l’avocat était impénétrable. Comme toujours. Il existait de nombreux liens entre droit et politique, et il lui avait toujours semblé que cette capacité à se montrer d’un calme à toute épreuve appartenait à l’une et l’autre des disciplines. Pour ces raisons, il ne savait pas très bien s’il accordait plus d’attention aux objets qui venaient à être sortis du sac de la jeune femme ou alors, à sa façon de les toucher l’un après les autres pour les soumettre au bon jugement de l’agent en charge.

« Jusqu'à preuve du contraire. » Se contentait-il de répondre, accompagné d’un léger signe de tête et d’un coup d’œil vers le policier qui questionnait Stacey sur tout ce matériel possédé. Ce n'était ni vraiment de l'humour, ni vraiment une menace. L’avocat s’efforçait de tout enregistrer dans un coin de sa mémoire. Il lui importait si peu de laisser pleuvoir les piques de la jeune femme à son encontre, ou à l’encontre du gouvernement. C’était la stratégie de plus d’une : feindre l’assurance dans les moments où l’on en avait le moins. Et le petit manège se poursuivit ainsi jusqu’à ce que chacun des objets ait été analysé et probablement pris en note par l’argent. Ronan prenait une grande inspiration, comme le fruit d’une impatience qui ne l’habitait pas vraiment toutefois. Le jeune homme suivait Stacey Bennett, à qui l’on venait de donner l’autorisation de passer. Il prenait note intérieurement de faire quelques recherches lorsqu’il en aurait l’occasion.

« C’est pour cette raison que je prends toujours un thé. » Il lui adressait un regard en coin, en attente d’une quelconque réaction de sa part. Il le sentait, l’empressement de la jeune femme de se débarrasser de lui. À moins que ce ne soit en fait que l’empressement de pouvoir se retrouver seule. Quoi qu’elle en dise, et il devait bien reconnaître que faire la tentative d’en rire était presque convainquant, toute cette affaire était plus que louche. « Ils se sépareront bien assez tôt, mais j’accepte ton invitation. Puisque tes quarante-cinq minutes ne sont pas encore écoulées. » Concluait-il en servait ce qui ressemblait à un sourire, mais qui chez Ronan, avait toujours l’air d’une grimace un peu forcée ou sarcastique. Enfin, en ce genre de circonstances. Il notait tout, Ronan, et un bref regard vers sa montre lui indiquait que cette fameuse commission parlementaire à deux pas d’ici ne débutait pas avant près de vingt-deux minutes. En tous les cas, Stacey aurait été bien mal placée pour refuser d’honorer sa propre invitation. C’était ainsi qu’ils se retrouvaient à se diriger vers un petit café à un coin de rue à peine. Ronan suivait Stacey sans un mot, calme comme toujours. Ce n’était que lorsqu’ils attendaient la commande, qu’il lui demandait : « Alors cette montre, elle était à ton père ? » Pas un mot de plus, pas un regard même en sa direction. Ronan était d’un flegme déroutant. Pourtant, il pouvait presque sentir la moindre réaction de la jeune femme, il suffisait d’être attentif.

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MessageSujet: Re: Checkpoint Charlie [Ronan] Mar 29 Aoû - 19:48

Avec le temps, Stacey avait appris qu’il n’existait aucune situation critique dont on ne puisse s’extirper avec un trait d’humour. Après tout, le peuple britannique n’était-il pas réputé pour sa capacité à plaisanter de tout, y compris de l’absurdité du monde, d’un ton tantôt léger tantôt amer – de quoi plonger son interlocuteur dans une profonde complexité tant on ne savait plus s’il était de bon ton de rire ou de pleurer ? La petite scène qui venait se jouer aux portes du quartier de Westminster n’avait assurément rien de drôle. Sous son air faussement désinvolte, Stacey était en vérité rongée par l’inquiétude. La jeune femme n’avait qu’une hâte – se retrouver seule, enfin. Mais c’était sans compter sur l’avocat à qui aucun détail ne semblait échapper. A son tour, comme par réflexe, Stacey consulta sa montre, effarée par l’aisance avec laquelle Ronan avait mémorisé le moindre détail de leur conversation. Effectivement, elle avait encore vingt-deux minutes devant elle, ce qui était largement suffisant pour un café – et une conversation dont elle se serait, à l’évidence, bien passé. L’avocat avait-il flairé son empressement de le quitter ? Peut-être bien. A moins que la paranoïa dans laquelle la jeune femme vivait depuis déjà bien trop longtemps n’ait fini par altérer son jugement définitivement. « Parfait ! » s’exclama-t-elle finalement, dans un sourire sans doute un peu trop articulé pour paraître sincère. Et c’est ainsi que ce couple pour le moins mal assorti se mit en quête d’un petit café, non loin du Palais.

Stacey avait ses habitudes dans ce quartier, si bien qu’elle ne mit guère plus de quelques secondes à pousser la porte du Caffè Nero situé à deux pas de la bouche de métro. Dans une grimace un peu crispée, elle salua le patron d’un geste de la main, avant d’accélérer le pas pour leur trouver une table libre, tout au fond de la pièce. Tout, dans l’attitude de la jeune femme, trahissait son envie d’en finir au plus vite – du léger tremblement qui secouait ses mains à la façon dont elle glissait régulièrement ses doigts dans ses longs cheveux blonds ce qui, d’ordinaire, trahissait sa nervosité. Sans un regard pour la carte, Stacey commanda un thé noir, avec une pointe de lait et de citron avant de s’enquérir de ce que Ronan souhaitait boire ou manger. L’instant d’après, son téléphone professionnel se mit à vibrer, et elle ne fut pas mécontente de trouver là un prétexte pour se plonger dans la lecture de ses mails, ce qui lui évitait d’avoir à soutenir le regard de Ronan. Malheureusement pour elle, ce dernier, en plus d’avoir une excellente mémoire auditive, était manifestement doté d’un très bon sens de l’observation – deux qualités qui avait sans nul doute contribuée à faire de lui le requin qu’il était dans son milieu professionnel. A contrecœur, Stacey abandonna son smartphone, tout en s’efforçant néanmoins d’avoir l’air un peu perdue, comme si, absorbée par sa lecture, elle avait soudainement perdu le fil de la conversation. De quoi lui offrir quelques secondes de répit, le temps de réfléchir à sa réponse.

L’espace de quelques secondes, la jeune femme sembla hésiter entre un pieux mensonge et une véritable imposture. Sans s’en douter, Ronan venait, en même temps que de la déstabiliser, de lui tendre une perche plus que salutaire qui, à coup sûr, lui permettrait de se sortir de ce bourbier. Pourtant, elle ne pouvait se résoudre à la saisir. Par respect pour la mémoire de son père, sans doute – mais aussi parce que cette information aurait été trop facile à vérifier. « Pas exactement. » souffla-t-elle à mi-voix, le cœur battant. Au même moment, elle chercha du bout du pied son sac à main qui, sous la table, renfermait le précieux trésor. « Un collègue l’a oubliée en commission hier. Je la lui rapporte ce matin, voilà tout. » précisa-t-elle enfin, d’un ton qu’elle voulait assurer, sans toutefois savoir si elle donnait le change avec cette piètre prestation. Tout au fond d’elle, elle se surprit à espérer que la question de Ronan était bien aussi innocente qu’elle en avait l’air. En effet, la jeune femme lui connaissait une vague amitié avec Wesley et espérait que son talent d’observation et sa très bonne mémoire ne présageaient pas de sa capacité à retenir le modèle des montres portées par ses proches. L’instant d’après, Stacey chassa cette pensée de son esprit d’un petit mouvement de la tête. Le raisonnement en lui-même lui semblait absurde, fort heureusement. Toutefois, quelque chose lui disait qu’il valait mieux reprendre le lead sur la conversation.

« Je n’ai pas besoin d’une montre pour me souvenir. » affirma-t-elle enfin. « Chaque seconde de cette journée est gravée dans ma chair. Je suis sûre que tu comprends ça, probablement mieux que quiconque. » Pour la première fois depuis qu’ils étaient entrés dans ce café, Stacey chercha le regard de Ronan. Elle avait beau tenter de faire diversion, cette confidence n’en était pas moins sincère. Pour la deuxième fois en cette matinée, la jeune femme se sentit piquée par la curiosité en songeant à ce qu’elle et Ronan avaient en commun, à ce deuil qu’ils avaient dû traverser. L’instant d’après, elle détournait déjà la tête pour se concentrer sur l’écran de télévision sur lequel défilaient en boucle les mêmes images depuis leur arrivée – un discours prononcé par le Premier Ministre. « C’est drôle. » reprit-elle dans un sourire amer. « Nous autres, politiciens… » Elle jeta un coup d’œil en direction de l’avocat avant de se reprendre : « … Hommes de droit de tous bords… Nous nous battons tous les jours pour protéger nos concitoyens, pour défendre les familles britanniques… Quite à prendre le risque de sacrifier la nôtre. » Ronan, Stacey… Cole. Tous avaient payé un lourd tribut depuis le début de cette guerre qui ne disait pas son nom. Le regard perdu dans le vague, la jeune femme se surprit à songer à ce qu’aurait pu être sa vie si elle avait fait un autre choix. Elle songea à la montre. Elle songea à Wesley. « Tu ne t’es jamais demandé si le prix à payer n’était pas trop élevé ? » De ce vague mensonge, Stacey n’aurait jamais cru voir déboucher une conversation aussi personnelle.

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MessageSujet: Re: Checkpoint Charlie [Ronan] Lun 18 Sep - 1:53

La plupart des gens n’oubliaient pas leur montre en commission. La politicienne pouvait lui sortir toutes les excuses du monde, cela ne tirerait jamais autre chose qu’un sourire à l’avocat. Lorsqu’il souriait, ce n’était jamais banal. Il s’agissait bien souvent de l’expression du sentiment d’avoir la main mise sur quelque chose d’important, comme une preuve par exemple. À cet instant, il était tentant de croire qu’il était même joueur et que l’avocat était prêt à perdre son précieux temps pour se lancer sur une conversation futile, mais qui était susceptible de lui apprendre quelque chose. Quelques années auparavant, Ronan n’aurait été que monstre d’indifférence avec la jeune femme parce qu’ils étaient trop similaires pour avoir quoi que ce soit à apprendre l’un de l’autre. Aujourd’hui, il existait entre eux une différence fondamentale et celle-ci résidait dans le fait que Stacey Bennett appartenait sans contredit à ce petit nombre de personnes qui croyaient encore pouvoir changer quelque chose à la façon dont le monde s’était forgé. Comme son quotidien devait être frustrant et comme il était impressionnant de voir qu’elle parvenait encore et malgré tout à préserver sa place dans la sphère politique.

« La justice, c’est quand on gagne le procès ». Des mots qui avaient déjà été prononcés à de bien nombreuses reprises par le père de Ronan et qui s’étaient bien profondément enracinés dans son esprit. L’ambition chez lui était celle de la réussite, non pas du pouvoir. La frontière entre ces deux notions étaient extrêmement mince et portait plus d’un à une confusion étourdie ou douloureuse. Lorsqu’il posait les yeux sur la jeune femme, il s’apercevait qu’il était forcé de jouer le jeu selon les règles qu’il avait établi lui-même, soit le recours aux allusions trop personnelles. Son visage se crispait très légèrement, expression malgré tout évidente de son agacement à ce qu’elle retourne les questions vers lui et ses propres expériences en la matière. On lui avait volé tout un mode de vie, un avenir certain et il avait bien failli en être terrassé, mais il avait autre chose à présent. Ronan s’était relevé. Il avait Azrael. C’était, à la façon d’un procès remporté, ce qui rachetait le crime et qui lui avait permis d’oublier… Et si certains étaient tentés de crier à l’imposture, il n’y avait pourtant pas plus tangible vérité. Ronan Norton était en paix avec toutes les horreurs que contenaient son passé s’il pouvait croire en un avenir lumineux, aux côtés de celui qui représentait tout pour lui. Nul n’aurait pu deviner à quel point l’avocat avait besoin d’exister pour cet homme qui lui compliquait pourtant l’existence de mille et une façons originales. C’était pourquoi il était ainsi irritable, lorsqu’il passait trop de temps sans pouvoir nourrir cet ultime ancre en une sérénité certaine. Et c’était décidément ce qui le faisait hésiter un moment avant de ne dire quoi que ce soit d’autre, suite aux propos de la jeune femme.

« Tout dépend du point de vue. Je ne crois pas qu’il existe de telles choses que le bien ou le mal, ou alors les bons et les mauvais. » se décidait-il enfin à lui répondre, suite à une gorgée de son thé. C’était probablement la confidence la plus honnête qu’il était possible de recevoir de sa part, confidence qui n’était pas emballée dans quelques discours visant à quoi que ce soit d’autre, sinon qu’à lui partager une opinion comme elle venait également de le faire. Ces mots définissaient tout simplement qui était Ronan Norton et comment il opérait. Ce n’était pas pour nuire, ce n’était pas pour enrichir qui que ce soit, encore moins lui-même, ou pour favoriser des idéaux en particulier. C’était par esprit de stratège, par pure dévotion au travail acharné et bien fait, par nécessité du succès.  « Il est impossible d’assurer les intérêts de tout le monde, il y a toujours un perdant et un gagnant. Il est malheureux que ce soit les familles de qui que ce soit qui aient à en payer. » Cette vision des choses étaient probablement celle d’un avocat bien plus que d’une politicienne, il en convenait. Plus, il faisait preuve d’une certaine froideur presque indifférente devant des propos qui auraient pu le toucher, fut été d’autres circonstances. Toujours était-il que Ronan n’allait pas se confier sur des questions personnelles aujourd’hui. Il ne le faisait jamais. La politique consistait elle aussi en jeu qui divisait perdants et gagnants. Pour avoir la moindre influence, il était nécessaire d’obtenir le pouvoir et cela réclamait de se faire des alliés, de convaincre. « Certains membres du Parti travailliste l’ont bien compris, il me semble. L’acharnement n’est pas toujours la clef du succès. Il faut développer d’autres stratégies, non ? » C’était subtil, mais Ronan pouvait être tout aussi redoutable. Tenter de l’avoir par les sentiments était une voie périlleuse. Il offrait à cet instant un sourire trop plat pour ne pas être hypocrite. Des stratégies donc, en avait-elle développé tous ces mois à s’acharner à ne pas changer son fusil d’épaule contre un gouvernement certes jeunes, mais déjà inébranlable et fort.

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MessageSujet: Re: Checkpoint Charlie [Ronan] Jeu 19 Oct - 20:51

Stacey détestait perdre, cela ne faisait aucun doute. Enfant, elle piquait des colères à faire trembler les murs de la maison, chaque fois qu'elle échouait à décrocher la première place, et ce qu'importe le domaine dont il était question. Combien de fois avait-elle balayé, d'un coup de poing rageur, les pièces pourtant si fragiles de l'échiquier de bronze dont son vénéré paternel lui avait fait cadeau, à son retour d'un long voyage à l'étranger ? Loin de s'en offusquer, l'ancien ministre se contentait généralement de couvrir son irascible progéniture d'un regard tendre, peut-être un brin moqueur tant il prenait plaisir à la voir fulminer sous l'effet de ce qu'il considérait comme une petite leçon d'humilité. La laisser l'emporter, sous le simple prétexte qu'elle n'était qu'une enfant, eût été une insulte à son intelligence. Quiconque désirait embrasser une carrière dans la politique devait apprendre à dompter sa frustration, et ce dès le berceau. Avec le temps, Stacey avait appris à respecter son adversaire, au point de reconnaître à son rival des qualités tactiques dont elle était peut-être elle-même dépourvue. De toute évidence, Ronan ne s'attendait pas à ce que la conversation prenne une tournure si personnelle. L'espace d'une fraction de seconde, la jeune femme crut voir les traits de l'avocat se durcir quelque peu. Néanmoins, l'aisance avec laquelle il se remit en scelle forçait le respect. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, il avait de nouveau tourné la situation à son avantage, dans une pirouette audacieuse, certes, mais non moins bien exécutée.

Alors que la question subtile - mais non moins pernicieuse - de l'avocat résonnait encore dans le brouhaha ambiant, la commande finit par arriver. Non sans une pointe de soulagement, Stacey s'empara délicatement de sa tasse brûlante pour y verser elle-même un nuage de lait et une pointe de sucre. Comme absorbée par ce rituel, elle conservait son regard clair résolument fixé sur le liquide sombre qui, lentement, tournoyait, au rythme de sa petite cuillère. Ce faisant, un sourire s'étira lentement sur ses lèvres, un sourire étrange, dont on n'aurait su dire s'il était amusé ou, au contraire, désabusé. Aussi étrange que cela puisse paraître, la jeune femme appréciait le répondant dont faisait preuve son adversaire. Elle avait beau sembler être allergique à la contradiction, Stacey se nourrissait de ce genre de duels, intellectuellement riches. Non sans une pointe d'amertume, elle songea que c'était avec Wesley qu'elle partageait, d'ordinaire, ce genre de joutes verbales. Les deux hommes avaient ceci en commun qu'ils ne faisaient visiblement aucun distinguo entre le bien ou le mal, entre le blanc et le noir. Stacey, elle, ne pouvait s'empêcher d'avoir une opinion tranchée sur tout, ce qui ne la rendait pas très populaire au Parlement. Ronan n'ignorait rien de tout cela. L'avocat avait beau feindre le désintérêt le plus total, il était, semble-t-il, suffisamment bien renseigné pour savoir quels leviers actionner pour faire mouche. L'allusion aux récentes défections subies par le parti travailliste en était la preuve, s'il en fallait une.

« L'acharnement n'est pas toujours la clef du succès, c'est vrai. » concéda-t-elle enfin, comme elle portait lentement sa tasse de thé à ses lèvres. Et de conclure, au terme d'une petite gorgée qui lui arracha une légère grimace tant le liquide était brûlant : « Manger dans la main d'un gouvernement despotique et liberticide dans l'espoir - vain, cela va sans dire - d'obtenir une promotion non plus, assurément. » Elle avait prononcé ces mots d'un ton léger, ponctué d'un sourire malicieux. Ronan espérait sans doute la déstabiliser mais il avait tort. Beaucoup d'eau avait coulé sous les ponts depuis ce que Stacey considérait comme sa plus grande défaite sur les plans politiques et personnelles. Au terme de quelques longues nuits blanches passées à ruminer sa colère et sa déception, la jeune femme avait fini par faire son deuil. Curieusement, l'amitié d'Ethan lui manquait bien plus que ses discours. Les sourcils légèrement froncés, elle chassa cette pensée de son esprit, d'un petit mouvement de la tête. « Mais je partage ton opinion sur un point : il faut développer d'autres stratégies. » Et de ponctuer cette assertion d'un petit sourire énigmatique. De toute évidence, la petite scène qui s'était jouée le matin même aux abords du quartier de Westminster avait piqué la curiosité de Ronan. Pour quelle autre raison l'avocat se serait-il infligé la corvée d'un petit déjeuner en tête-à-tête ? Stacey n'entendait pas apporter ne serait-ce que quelques millilitres d'eau au moulin du Nouvel Ordre la concernant. Pour autant, elle ne pouvait résister totalement à l'envie de semer le trouble dans l'esprit de ces détracteurs.

Comme elle savourait le petit effet qu'aurait peut-être cette ultime provocation, son téléphone se mit à vibrer. La jeune femme s'empara de nouveau de sa tasse de thé tout en jetant un coup d’œil distrait à l'écran de son smartphone sur lequel était apparu une notification destinée à lui rappeler que la commission parlementaire débutait dans vingt minutes - autant dire une éternité. C'est en songeant à ce qui les avaient tous deux amenés à cette conversation que Stacey entrevit soudainement une porte de sortie. D'un mouvement souple, la jeune femme se pencha sous la table pour s'emparer de son sac à main, abandonné à ses pieds quelques instants plus tôt. De là, elle extirpa son portefeuille pour régler le montant de leur commande et laisser un généreux pourboire. L'instant d'après, elle s'emparait de cette montre qui avait tant attiré l'attention de Ronan. « Bien ! Je sens que nous touchons là à un vrai débat politico-philosophique mais je vais malheureusement devoir me défiler. Il me reste tout juste assez de temps pour filer rendre cette montre à son propriétaire avant que ma réunion ne commence. » Cette fois-ci, elle n'entendait pas se laisser piéger en offrant à l'avocat quelque opportunité de la suivre. Aussi s'empressa-t-elle de se lever et de jeter sa sacoche d'ordinateur sur son épaule. « Je te remercie encore pour ton aide. Je te dois un service, je ne l'oublierai pas. » Aussi curieux que cela puisse paraître, elle était parfaitement sincère. Rien dans le ton de sa voix ne permettait d'en douter. « J'imagine que le contexte actuel nous donnera maintes occasions de nous revoir. » Pour le meilleur ou pour le pire, ajouta-t-elle pour elle-même, en pensée. Et de conclure, d'un ton léger, ponctué d'un sourire dont on pouvait presque dire qu'il était sincère : « Alors... à bientôt ! » En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, la jeune femme tourna les talons et se laissa happer par la foule de parlementaires qui se pressait au dehors.

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MessageSujet: Re: Checkpoint Charlie [Ronan] Jeu 19 Oct - 23:16

Topic Terminé

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Checkpoint Charlie [Ronan]

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